Un an après l’enquête GreenFakes, Climate Whistleblowers s’est rendu dans le village de Singrobo, où les habitants dénoncent une situation invivable
(Paris, 11 août 2026) – Une nouvelle enquête de Climate Whistleblowers (CW) publiée aujourd’hui révèle les conséquences alarmantes du projet de barrage hydroélectrique de Singrobo-Ahouaty en Côte d’Ivoire. Alors que les travaux s’enlisent, des habitants alertent sur des indemnisations dérisoires ainsi que sur des logements dégradés. Une famille alerte également sur des problèmes de santé qui seraient liés à un accès limité à l’eau.
Ce projet de barrage, initié par un accord de concession signé entre la société Ivoire Hydro Energy (IHE) et le gouvernement ivoirien, devait devenir un projet vitrine de la transition énergétique et du développement inclusif en Côte d’Ivoire. Sa construction, confiée à la société française Eiffage, a débuté en 2019 grâce, entre autres, aux fonds alloués par la Banque africaine de développement (BAD), l’Emerging Africa Infrastructure et l’agence d’investissement du gouvernement allemand (DEG).
En 2025, la série d’enquêtes GreenFakes, publiée par les médias d’investigation Mediapart, Mongabay et Africa Uncensored sur la base de documents obtenus par CW, révélait l’impact environnemental considérable du projet. Les acteurs du barrage avaient alors été interrogés sur son impact sur la population locale. En guise de réponse, IHE assurait s’être engagée à appliquer les « meilleures pratiques en matière de gestion environnementale et sociale » en s’appuyant notamment sur « un dialogue approfondi avec les communautés concernées. »
Les 17 habitants de Singrobo interrogés par CW dénoncent aujourd’hui une réalité qui est toute autre, y compris des fissures dans les bâtiments qui seraient liées à la construction. Selon les témoignages recueillis, les indemnisations attribuées à certains riverains pour la perte de leurs moyens de subsistance n’ont pas été revues à la hausse malgré les retards pris sur les travaux et sont aujourd’hui devenues dérisoires. Plusieurs habitants affirment même n’avoir jamais rien reçu.
« Ce barrage est venu tout gâter à Singrobo » se désole l’une des habitantes du village. De son côté, une représentante de l’association des Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE – Côte d’Ivoire), venue soutenir les riverains de Singrobo, revendique clairement le but de leurs actions : « Nous voulons qu’ils (les acteurs du projet) tournent leur regard vers les communautés afin de prendre en compte leurs droits. »
Le projet s’enlise depuis plusieurs années. Selon les derniers rapports publics d’IHE, les retards pris dans l’achèvement du chantier seraient liés à la nécessité de construire une digue pour protéger l’une des principales autoroutes du pays d’un risque d’inondation. Ce risque n’avait pas été anticipé au démarrage du projet.
Chacun des acteurs du projet a de nouveau été interrogé. Eiffage explique avoir arrêté les travaux à la demande d’IHE en mars 2025, alors que 95 % de sa part du chantier était achevée, précisant que les opérations complémentaires comme la construction d’une digue, ne lui ont pas été confiées. L’entreprise reconnaît avoir mené des tirs à l’explosif, mais assure qu’ils ont respecté la réglementation en vigueur. De son côté, la BAD affirme assurer un suivi continu du respect des engagements environnementaux et sociaux du projet, et indique avoir mis en place un Mécanisme de recours indépendant pour traiter les plaintes liées aux impacts de ses projets financés.
Le barrage hydroélectrique de Singrobo-Ahouaty est une illustration parfaite de ce qui avait été dénoncé par la série d’enquêtes GreenFakes : un projet présenté comme vertueux, avec des conséquences désastreuses à la fois pour l’environnement et la population locale.
« La destruction de l’environnement et la destruction humaine vont de pair. Singrobo en est une nouvelle preuve. » affirme Gabriel Bourdon-Fattal, directeur exécutif de CW.
CW appelle les autorités ivoiriennes, les institutions financières impliquées dans le projet, et les entreprises responsables de sa conception à prendre en compte l’impact social de l’enlisement du projet et à garantir des réparations effectives pour les communautés affectées, tout en respectant les engagements environnementaux pris dans le cadre du projet.
FIN
À propos des lanceurs d’alerte en matière de climat :
Climate Whistleblowers est une ONG qui se consacre à la protection des personnes dénonçant les agissements qui aggravent la crise climatique et à garantir l’impact de leurs révélations. Un seul signalement peut faire toute la différence. Grâce à un accompagnement personnalisé, nous sommes convaincus qu’une nouvelle génération de lanceurs d’alerte pour le climat peut impulser le changement dont le monde a désespérément besoin.
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